Katharina Hartmuth a remporté le Tor des Géants 2026 en 67 h 10 min 09 s. Mais sa performance dépasse largement le classement féminin : l’Allemande termine troisième au scratch, à seulement 1 h 15 du vainqueur Jiaju Zhao. De quoi relancer une vieille question de l’ultra-endurance : plus l’effort s’allonge, plus l’écart entre femmes et hommes se réduit-il ?
Sur 330 kilomètres et environ 24 000 mètres de dénivelé positif, Katharina Hartmuth n’a pas seulement dominé la course féminine. Elle a longtemps évolué au contact des meilleurs hommes avant de terminer troisième du classement général.
Devant elle, Jiaju Zhao s’impose en 65 h 55 min 22 s. L’écart entre le premier homme et la première femme n’est donc que de 1 h 14 min 47 s, soit environ 1,9 % après presque trois jours de course.
Le chiffre interpelle d’autant plus que le rythme masculin n’était pas faible : Zhao a lui aussi battu le record de l’épreuve.
Quand la vitesse compte moins
Sur route ou sur des distances plus courtes, l’avantage physiologique masculin reste net au plus haut niveau. Mais un Tor des Géants se joue sur bien autre chose que la vitesse pure.
Après cinquante ou soixante heures, il faut encore réussir à manger, dormir juste assez, limiter les dégâts musculaires, conserver une allure régulière et continuer à avancer lorsque la fatigue devient énorme.
C’est précisément sur ce type d’effort que certaines différences entre hommes et femmes semblent se réduire. Plusieurs travaux ont notamment mis en avant une meilleure résistance à la fatigue musculaire chez les femmes, une utilisation plus importante des lipides et parfois une gestion de l’effort plus régulière.
Cela ne signifie pas que les femmes deviennent automatiquement plus performantes que les hommes lorsque la distance augmente. Les études restent partagées et les écarts varient fortement selon les courses.
Le Tor est-il un terrain particulier ?
Le Tor des Géants pousse justement très loin la logique de gestion. Sur 330 kilomètres, sans étapes imposées, le résultat dépend autant de la capacité à préserver son corps et son énergie que de sa vitesse maximale.
Greg De Doncker nous racontait d’ailleurs récemment ce que signifie concrètement affronter 330 kilomètres sur le Tor des Géants.
C’est probablement ce qui rend la performance de Hartmuth si intéressante.
Pendant près de trois jours, elle n’a pas couru une course féminine à côté de la course masculine. Elle a simplement couru avec les meilleurs.
Sa troisième place ne prouve pas que les femmes finiront par dépasser les hommes en ultra. Elle montre en revanche qu’à mesure que la durée s’allonge, les qualités qui déterminent la performance changent et que l’écart peut devenir beaucoup plus faible qu’on ne l’imagine sur des distances classiques.
À Courmayeur, Katharina Hartmuth n’était pas seulement la première femme.
Elle était la troisième personne à franchir la ligne.
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