Le Tor des Géants 2026 s’élance dimanche 13 septembre de Courmayeur. 330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif et jusqu’à 150 heures de course : des chiffres difficiles à réellement se représenter. Gregory De Doncker a terminé le TOR en 2025, pour sa première expérience au-delà du 100 miles. Il raconte comment une épreuve qu’il considérait autrefois comme réservée à des « fous ou des extraterrestres » est progressivement devenue un rêve accessible.
Dimanche, les coureurs du Tor des Géants 2026 quitteront Courmayeur en deux vagues, à 10 h puis à midi.
Devant eux : 330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif et jusqu’à 150 heures pour revenir au point de départ.
Le TOR330 n’est pas une course par étapes. Chaque participant doit gérer son effort, ses arrêts et son sommeil, avec six bases de vie réparties sur le parcours.
Mais avant même de savoir comment courir pendant plusieurs jours, une question se pose : comment décide-t-on un jour de prendre le départ d’une course pareille ?
Gregory De Doncker connaît bien le chemin qui mène de l’incrédulité à l’inscription.
Tor des Géants : « des fous ou des extraterrestres »
Greg découvre le TOR au début des années 2010, à peu près au même moment que l’UTMB.
À cette époque, le 100 miles lui paraît déjà complètement démesuré.
« Je trouvais déjà fou l’idée du 100 miles… alors 200 ! »
Il connaît encore peu la montagne et n’a aucune idée de ce que plusieurs jours d’effort peuvent représenter physiquement ou mentalement.
« Je n’avais, à l’époque, aucune notion de l’impact mental des épreuves de longue distance. »
Les participants au Tor des Géants appartiennent alors, dans son esprit, à un monde assez éloigné du sien.
« Des fous ou des extraterrestres peut-être, car je ne connaissais personne susceptible de se lancer sur ce genre d’épreuve. Même mon oncle, amateur de 24 heures ou de 100 km, trouvait cela fou ! »
Il observe pourtant le phénomène grandir.
Les candidats deviennent plus nombreux. Les finishers aussi.
Et, presque sans s’en rendre compte, son regard commence à changer.
« Mine de rien, l’envie d’y aller un jour me titillait. »
Greg ne brûle pas les étapes. Il court l’UTMB, puis la Diagonale des Fous en 2022, son deuxième 100 miles.
C’est à l’issue de cette Diagonale que le TOR quitte définitivement le domaine du fantasme.
« Je me suis dit : pourquoi pas essayer ? »
Pourquoi le Tor des Géants ?
Pourquoi cette course plutôt qu’une autre ?
Greg ne possède toujours pas vraiment de réponse rationnelle.
« Aucune idée… un coup de foudre ! »
Il évoque la beauté de la Vallée d’Aoste, le sens de cette grande boucle autour de la région, l’environnement.
Mais il reconnaît lui-même que cela ne suffit pas à expliquer l’envie.
« La base de tout n’est pas qualifiable. »
Et c’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de son témoignage.
Le TOR n’était pas simplement l’étape suivante après un 100 miles.
Ce n’était pas non plus une volonté de pouvoir afficher une distance encore plus grande.
« Ce n’est pas la distance qui me motive, mais l’aventure. »
Greg le dit d’ailleurs clairement : aujourd’hui, il n’a pas particulièrement envie de refaire un 200 miles ni de chercher immédiatement plus long.
Il préfère choisir :
« des courses qui me font quelque chose au fond du ventre ».
Le nombre de kilomètres compte donc moins que ce qu’ils promettent.
De l’inconnu.
Une expérience nouvelle.
La possibilité de découvrir ce qu’il se passe lorsque les repères habituels disparaissent.
« Le saut dans l’inconnu a quelque chose d’excitant. Je voulais voir, chercher mes limites, rencontrer un nouveau moi-même. »
Et paradoxalement, malgré cette quête très personnelle, Greg ne s’imaginait pas vivre cette aventure seul.
« Je ne me voyais pas ne pas partager cette aventure. »
Une phrase qui rappelle aussi qu’un ultra de plusieurs jours ne se résume jamais complètement au coureur : il y a ceux qui suivent, attendent, accompagnent, rassurent et finissent eux aussi par vivre une partie de la course.
Comment se préparer à 330 kilomètres ?
Avant le TOR, Greg n’a pas cherché à valider méthodiquement toutes les distances intermédiaires.
Il avait terminé deux 100 miles : l’UTMB puis la Diagonale des Fous.
Cela lui semblait suffisant pour tenter l’aventure.
« Je n’avais pas l’impression que faire une distance intermédiaire était fondamental pour s’y attaquer, car la récupération de la très longue distance est longue et donc contre-productive dans une démarche de progressivité. »
Reste évidemment à accepter mentalement ce que représente une course de 330 kilomètres.
Sur ce point, Greg avait trouvé sa propre manière de réduire l’ampleur du problème :
« Je n’ai pas pris le départ d’un 330 km, mais de sept fois 50. »
Une façon de rendre l’objectif moins écrasant.
Ne pas porter dès le départ plusieurs jours de course sur les épaules.
Avancer suffisamment longtemps pour atteindre un nouvel objectif intermédiaire, puis recommencer.
En septembre 2025, cette approche l’amène jusqu’au bout.
Greg termine son premier Tor des Géants en 117 h 12 min 42 s, à la 204e place.
Presque cinq jours entre le départ et le retour à Courmayeur.
« J’étais là où je voulais être depuis des années »
Forcément, tout ne s’est pas passé dans l’euphorie.
Une épreuve de cette durée confronte le coureur à la fatigue, au manque de sommeil, aux douleurs et à des moments où avancer devient plus compliqué.
Pourtant, Greg explique ne jamais avoir perdu de vue la raison de sa présence.
« J’ai toujours su pourquoi j’étais là car j’étais là où je voulais être depuis des années. »
Cette longue attente change aussi la manière dont il perçoit les moments difficiles.
« Les moments d’euphorie comme les moments difficiles ne résultaient que de mon choix. La souffrance est toute relative quand on sait qu’elle n’est que la conséquence de vivre son rêve. »
Il ne s’agit évidemment pas de faire de la souffrance une finalité.
Greg ne dit pas non plus qu’il faut courir 330 kilomètres pour se découvrir ou se dépasser.
Ce qu’il décrit est plutôt le rapport particulier que l’on peut entretenir avec une difficulté que l’on a volontairement cherchée pendant des années.
Sur le TOR, il ne subissait pas un accident de parcours.
Il vivait précisément l’aventure qu’il avait voulu connaître.
Après le Tor, faut-il forcément aller encore plus loin ?
C’est peut-être là que son témoignage s’éloigne le plus du cliché de l’ultra-traileur condamné à courir toujours davantage.
Terminer le Tor des Géants n’a pas rendu les autres distances insignifiantes à ses yeux.
Bien au contraire.
« Mon regard ne changera jamais sur les distances inférieures. Un 100 km, un 10 km, un marathon, un maratrail se doivent d’être respectés. »
Greg reconnaît avoir déjà commis l’erreur de considérer une course plus courte comme plus facile après avoir réussi un objectif plus important.
« J’ai négligé par le passé des courses plus courtes que mes précédents succès et ça se paie cash. »
Il prépare aujourd’hui la SaintéLyon.
Autour de lui, certains considèrent qu’après 330 kilomètres, l’épreuve devrait presque être une formalité.
Il voit les choses autrement.
« Beaucoup me disent que c’est facile pour moi… alors qu’au contraire c’est une reprise à zéro. »
Son expérience lui apporte malgré tout quelque chose.
« La seule chose, c’est que je me connais maintenant parfaitement. Je sais ce que je peux faire et conserve l’envie de bien faire. »
La peur de perdre l’envie après avoir réalisé son rêve
Avant le départ du TOR, Greg avait une crainte qui n’avait rien à voir avec la barrière horaire.
Il avait peur qu’aller au bout de ce rêve mette justement fin à ce qui l’avait porté jusque-là.
« J’avais peur de me blesser, de m’écœurer et de perdre la flamme qui me fait avancer chaque jour. »
Les semaines suivant l’arrivée ont d’ailleurs été particulières.
« C’était difficile, voire impossible, de se projeter dans les mois suivants le TOR. »
Après plusieurs années à poursuivre un objectif, que reste-t-il lorsqu’il est enfin derrière soi ?
Un an après le TOR, la flamme est revenue. Pas forcément avec l’envie d’aller plus loin, mais avec celle de retrouver des projets capables de provoquer à nouveau quelque chose de fort.
Greg ne sait pas encore lesquels il choisira, ni jusqu’où ils le mèneront. Une chose est sûre : il n’est pas rassasié.
« Il faudra surtout que je m’écoute pour voir jusqu’où mon corps est prêt à suivre la folie de mon esprit. »
Tor des Géants 2026 : les infos essentielles
- Départ : dimanche 13 septembre 2026 à Courmayeur
- Horaires : deux vagues à 10 h et 12 h
- Distance annoncée : 330 km
- Dénivelé positif : 24 000 m D+
- Temps maximum : 150 heures
- Bases de vie : 6
- Arrivée limite : samedi 19 septembre à 18 h
Sources : organisation et règlement TORX 2026, résultats ITRA du TOR330 2025. Témoignage de Gregory De Doncker recueilli par Extérieur Sport.
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