180 kilomètres, environ 10 000 mètres de dénivelé positif et deux monuments de l’ultra-trail. Sur le papier, l’UTMB et la Diagonale des Fous jouent dans la même catégorie. Pourtant, on abandonne davantage à Chamonix, alors que les coureurs y sont globalement mieux cotés. Nous avons comparé les résultats des trois dernières éditions. Et un chiffre, rarement mis en avant, change sérieusement la lecture des statistiques.
Qu’est-ce qui rend un ultra-trail difficile à terminer ? La technicité des sentiers, le dénivelé, les conditions météo ? Ou simplement le temps dont on dispose pour rejoindre l’arrivée ? Entre les Alpes et les montagnes réunionnaises, les arguments ne manquent pas pour défendre l’une ou l’autre course. Mais lorsqu’on confronte les résultats, certaines évidences deviennent moins évidentes.
Plus d’abandons à l’UTMB, et ce n’est pas nouveau
En 2026, 2 406 coureurs ont pris le départ de l’UTMB. Ils sont 1 681 à avoir franchi la ligne d’arrivée, soit 725 participants qui n’ont pas terminé.
Sur la Diagonale, 2 126 des 2 767 partants ont rejoint La Redoute. Les 641 autres n’ont pas terminé.
Cela représente 30,1 % de non-finishers à Chamonix, contre 23,2 % à La Réunion.
Et l’écart se répète depuis trois ans.
| Année | UTMB | Diagonale |
|---|---|---|
| 2024 | 36,3 % | 29,1 % |
| 2025 | 33,2 % | 24,3 % |
| 2026 | 30,1 % | 23,2 % |
Sur les trois dernières éditions cumulées, un coureur sur trois n’a pas terminé l’UTMB, contre environ un sur quatre sur la Diagonale.
Sauf que derrière ces taux de non-finishers, tous les coureurs ne quittent pas la course pour les mêmes raisons. Et c’est là que les barrières horaires entrent en jeu.
Les barrières horaires changent la lecture des résultats
Il y a une différence majeure entre les deux courses : le temps accordé pour finir.
À Chamonix, les participants disposent de 45 h 30 pour parcourir les 174 kilomètres annoncés. Sur la Diagonale, ils ont jusqu’à 66 heures pour venir à bout des 180 kilomètres.
Vingt heures et demie supplémentaires à La Réunion, pour une distance presque identique.
Mais nous disposons désormais d’une information plus intéressante encore.
Selon une enquête publiée par Outside, 164 coureurs ont été arrêtés pour dépassement des barrières horaires lors de l’UTMB 2026.
Sur la Diagonale, le bilan officiel distingue 589 abandons, 51 coureurs éliminés aux barrières horaires et une disqualification.
164 coureurs arrêtés par le chrono à Chamonix, contre seulement 51 à La Réunion.
Rapporté au nombre de partants, cela représente près de 7 % du peloton de l’UTMB, contre moins de 2 % sur la Diagonale.
Et voilà ce qui change notre comparaison.
Si l’on met de côté ces éliminations horaires, les autres non-finishers représentent environ 23 % des partants de l’UTMB, contre 21 % sur la Diagonale.
L’écart entre les deux courses, initialement proche de sept points, tombe alors à seulement deux points.
Les barrières horaires pèsent donc lourd dans les statistiques de 2026.
Cela ne signifie pas que tous les autres coureurs ont abandonné de leur plein gré. Certains ont pu renoncer parce qu’ils savaient déjà qu’ils ne passeraient pas la prochaine barrière. D’autres ont été contraints de s’arrêter sur blessure ou épuisement.
Mais ces nouveaux chiffres permettent de relativiser sérieusement le taux d’abandon supérieur de l’UTMB.
Des coureurs mieux cotés… mais pas forcément mieux armés
Autre particularité : décrocher un dossard pour l’UTMB demande aujourd’hui un véritable parcours de qualification.
Il faut disposer d’un UTMB Index valide, accumuler des Running Stones sur les courses du circuit, puis passer par un tirage au sort.
La Diagonale impose elle aussi une expérience préalable, avec deux trails qualificatifs représentant chacun au moins 85 points kilomètre-effort.
Les participants ne découvrent donc généralement pas l’ultra-trail au moment du départ.
Mais les données LiveTrail montrent une différence : en 2026, l’UTMB Index médian des inscrits cotés atteignait 558 à Chamonix, contre 508 sur la Diagonale.
Cinquante points d’écart, qui traduisent de meilleures références de performance pour le peloton de l’UTMB selon cet indicateur.
Un indice reste toutefois un indice. Il renseigne sur des résultats passés, beaucoup moins sur la préparation spécifique, l’état de fraîcheur ou la capacité à continuer d’avancer après deux nuits sans véritable sommeil.
Et lorsqu’il faut maintenir un rythme suffisant pour franchir les barrières horaires, ces qualités prennent une autre dimension.
Près de douze heures d’écart au milieu du peloton
Les vainqueurs donnent une première idée des différences entre les parcours.
Ben Dhiman a remporté l’UTMB 2026 en 18 h 16, contre 22 h 54 pour Hugo Deck sur la Diagonale. Plus de quatre heures et demie d’écart.
Chez les femmes, Blandine L’Hirondel a terminé en 21 h 54 à Chamonix, contre 27 h 13 pour Ruth Croft à La Réunion.
Mais les élites courent une autre course. Celle qui nous intéresse aussi, c’est celle des milliers de participants venus chercher leur propre victoire.
Et là, les chiffres sont encore plus parlants.
Le temps médian de l’UTMB 2026 est de 38 h 10 min 30 s. Celui de la Diagonale atteint 49 h 53 min 34 s.
Près de douze heures supplémentaires pour le coureur situé au milieu du classement.
La vitesse moyenne, pauses comprises, passe ainsi de 4,56 km/h à Chamonix à seulement 3,61 km/h sur la Diagonale.
Il suffit d’avoir déjà posé les pieds sur les sentiers réunionnais pour comprendre une partie de cet écart. Les marches, les racines, les rochers, la boue, les descentes qui n’en finissent pas… Sur certaines portions, courir relève davantage de l’ambition que de la réalité.
L’UTMB offre généralement davantage de sections où l’on peut dérouler. Il faut aussi rappeler que son parcours 2026 avait été adapté pour éviter les Pyramides Calcaires en raison des conditions météorologiques annoncées.
Et les barrières horaires entrent, ici encore, dans l’équation. À La Réunion, elles permettent à des coureurs plus lents de terminer et donc de figurer dans le classement final.
Les deux pelotons de finishers ne sont pas directement comparables.
À la Diagonale, près d’un tiers des non-finishers s’arrête à Hell-Bourg
Le bilan publié par ONAtrail apporte un autre éclairage sur l’édition 2026.
Sur les 641 coureurs qui n’ont pas terminé, 189 ont été comptabilisés à Hell-Bourg, soit près de 30 % du total.
La Plaine des Merles suit avec 83 abandons enregistrés, puis le Maïdo avec 60. Trois points de contrôle qui concentrent plus de la moitié des retraits.
Hell-Bourg constituait cette année la première grande base vie, après environ 80 kilomètres et une nuit passée sur les sentiers.
Un endroit où l’on retrouve son assistance, où l’on peut enfin s’asseoir, se changer et parfois mesurer l’état des dégâts.
Cela n’en fait pas forcément le secteur le plus difficile. Les abandons sont enregistrés au point de contrôle, mais les difficultés ont souvent commencé bien avant.
Pendant notre couverture de la Diagonale, nous avons encore vu à Savannah combien la course continuait bien après le passage des favoris. Avec d’autres rythmes, d’autres objectifs et des coureurs qui avaient parfois déjà passé deux nuits sur les sentiers.
Alors, laquelle est vraiment la plus difficile à terminer ?
Les chiffres sont sans appel : depuis trois ans, on termine moins souvent l’UTMB que la Diagonale des Fous. Mais en regardant de plus près, on découvre que le chronomètre fait une bonne partie du ménage.
En 2026, 164 coureurs ont été éliminés aux barrières horaires de l’UTMB, contre 51 sur la Diagonale. Si l’on écarte ces éliminations, les taux de non-finishers deviennent beaucoup plus proches : environ 23 % à Chamonix, contre 21 % à La Réunion.
Alors, l’UTMB est-il réellement plus difficile, ou simplement plus exigeant sur la vitesse à laquelle il faut le terminer ?
Car il y a quelque chose d’assez paradoxal à considérer qu’un coureur qui met 55 heures pour traverser les montagnes réunionnaises a réussi son défi, tandis qu’un autre, capable de poursuivre son effort mais arrivé trop tard à un ravitaillement de l’UTMB, doit rendre son dossard.
Bien sûr, les barrières horaires font partie du jeu. Elles définissent aussi la difficulté d’une course. Mais être capable de terminer 180 kilomètres de montagne et être capable de les terminer dans un délai imposé sont deux performances différentes.
Alors prenons position : L’UTMB compte davantage de non-finishers, mais ses barrières horaires expliquent une grande partie de l’écart. Et c’est bien le problème de cette comparaison : on prétend départager la difficulté de deux parcours alors que les règles du jeu ne sont pas les mêmes.
Reste une question qui mérite d’être posée : lorsqu’un coureur possède les capacités physiques pour aller au bout, mais pas la vitesse exigée par l’organisation, est-ce vraiment le parcours qui l’a fait abandonner ?
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