Trail à La Réunion : 7 erreurs à éviter avant de courir sur les sentiers de l’île

Les images de la Diagonale des Fous donnent forcément envie d’aller courir un trail à La Réunion. Mafate, le col du Taïbit, Cilaos, le Piton des Neiges… Mais une fois sur place, les kilomètres ne veulent plus tout à fait dire la même chose. Terrain technique, dénivelé, chaleur, descentes interminables : avant de partir découvrir les sentiers réunionnais en trail, quelques précautions peuvent éviter de transformer une sortie de rêve en très longue journée.

Quand on aime le trail, il est difficile d’arriver à La Réunion sans avoir déjà quelques images en tête.

Le passage du col du Taïbit. Les sentiers perdus au milieu de Mafate. Les marches avalées chaque année par les coureurs de la Diagonale des Fous. Cilaos entouré de remparts. Le Piton des Neiges au lever du jour.

Et forcément cette envie : aller voir tout cela en courant.

Pour ma première course depuis mon arrivée sur l’île, j’ai choisi la Cimasarun, une traversée exigeante qui m’a permis de découvrir les trois cirques dans la même journée. Une boucle de 56km pour 3800D+ au départ de Cilaos.

Je n’ai pas atteint l’arrivée. Une cheville tordue dans la descente du Taïbit vers Marla a finalement eu raison de ma course, une vingtaine de kilomètres plus tard, à Bras Marron.

Mais avant cet arrêt, j’avais surtout eu le temps de confirmer quelque chose : courir à La Réunion demande de revoir certains réflexes acquis ailleurs.

Voici les principales erreurs à éviter avant de chausser les baskets sur les sentiers réunionnais.

1. Raisonner uniquement en kilomètres

C’est probablement la première erreur à faire disparaître.

À La Réunion, demander combien mesure une sortie ne suffit pas.

Encore plus qu’ailleurs, il faut aussi regarder le dénivelé positif, le dénivelé négatif, la technicité du sentier et surtout le temps que l’on risque réellement de passer dehors.

Quinze kilomètres peuvent être relativement roulants. Les mêmes quinze kilomètres peuvent aussi comprendre des milliers de marches, une longue montée raide et une descente où courir devient parfois secondaire.

Un coureur capable d’effectuer facilement une sortie de 20 kilomètres en deux heures sur un terrain métropolitain roulant peut se retrouver engagé pendant quatre ou cinq heures sur un parcours réunionnais beaucoup plus court.

Avant une sortie trail à La Réunion, mieux vaut donc se poser une autre question :

combien de temps vais-je probablement passer sur le terrain ?

C’est ce temps d’effort qui doit déterminer la quantité d’eau, de nourriture et de matériel à emporter.

2. Choisir un itinéraire uniquement parce qu’il est mythique

C’est tentant.

On a vu passer Marla pendant la Diagonale des Fous, alors on veut aller à Marla. On connaît le Taïbit, alors on veut franchir le Taïbit. On rêve de Mafate depuis des années, alors on trace une grande boucle pour rentabiliser la journée.

Le problème est que la beauté d’un itinéraire ne dit rien de sa difficulté.

Mafate en est le meilleur exemple. Le cirque ne possède pas de réseau routier permettant de récupérer facilement un coureur fatigué. Ses accès se font notamment par le col des Bœufs, le Taïbit, le Maïdo, Dos-d’Âne ou la Rivière des Galets.

Avant de partir, il faut donc regarder bien davantage que la trace GPS : les possibilités de raccourcir l’itinéraire, les points d’eau ou de ravitaillement réellement disponibles, l’heure estimée de retour, la météo et les solutions en cas de problème.

À La Réunion plus qu’ailleurs, le plan B fait partie du parcours.

Pour une première découverte, mieux vaut parfois terminer une sortie avec l’impression qu’on aurait pu en faire davantage que se retrouver au milieu de Mafate en regrettant les dix kilomètres ajoutés le matin sur la trace GPX.

3. Vouloir courir toutes les montées

Il suffit de regarder quelques minutes les coureurs expérimentés sur les grands trails réunionnais pour comprendre que marcher n’est pas vraiment un aveu de faiblesse.

C’est une technique de déplacement.

Certaines montées sont suffisamment raides ou longues pour que vouloir absolument courir fasse grimper l’intensité sans procurer un gain de temps considérable.

Sur ma première Cimasarun, j’avais volontairement choisi une stratégie très conservatrice : marcher tôt, ne pas essayer de suivre ceux qui allaient plus vite et maintenir une intensité suffisamment basse pour continuer à boire et à manger normalement.

Pendant environ sept heures, cette stratégie a parfaitement fonctionné.

Et c’est probablement l’une des choses les plus intéressantes que j’ai retenues de cette journée.

Sur un parcours long, ralentir dans les premières heures peut permettre d’aller beaucoup plus vite à la fin.

Pour le traileur qui découvre La Réunion, l’objectif ne devrait donc pas être de savoir quelle proportion du parcours il réussira à courir.

Il devrait plutôt être de trouver l’intensité qui lui permettra d’avancer longtemps.

4. Sous-estimer les descentes réunionnaises

Quand on prépare une sortie avec beaucoup de dénivelé, l’attention se porte naturellement sur les montées.

Combien de D+ ? Combien de temps pour atteindre le col ? Est-ce que les jambes vont tenir ?

Pourtant, ce sont parfois les descentes qui font le plus de dégâts.

Marches, pierres, racines, appuis irréguliers, pente importante : certaines descentes réunionnaises demandent une concentration permanente et sollicitent énormément les quadriceps.

Je l’ai appris assez brutalement dans la descente du col du Taïbit vers Marla.

Ma cheville droite est partie sur un appui.

J’ai pu continuer. J’ai serré les lacets pour essayer de mieux maintenir le pied et j’ai encore parcouru près de vingt kilomètres. Mais progressivement, la douleur est devenue trop importante. À Bras Marron, au pied de la dernière difficulté permettant de rebasculer vers Cilaos, je ne pouvais pratiquement plus poser le pied au sol.

La course s’est arrêtée là.

Continuer aussi longtemps sur une cheville blessée n’est évidemment pas un conseil à reproduire.

L’enseignement intéressant est ailleurs : préparer les montées ne suffit pas pour courir à La Réunion.

Le travail en descente, la force des quadriceps, la stabilité des chevilles et la proprioception doivent faire partie de la préparation. Et lorsque la fatigue s’installe, lever légèrement le pied dans une descente technique peut finalement faire gagner beaucoup de temps par la suite.

5. Séparer alimentation et intensité de l’effort

Avant cette première course réunionnaise, l’une de mes principales incertitudes concernait l’alimentation.

Sur les efforts longs, manger devient parfois progressivement compliqué. Les nausées apparaissent, le sucré écœure et le simple fait d’avaler quelque chose peut devenir une épreuve.

Sur la Cimasarun, j’ai donc essayé de régler le problème autrement.

Pas seulement en changeant ce que je mangeais, mais en surveillant davantage l’intensité à laquelle j’avançais.

Mini-sandwichs pain au lait, jambon et fromage, compotes, cacahuètes, raisins secs, eau et un peu d’électrolytes : rien de révolutionnaire.

Mais pendant environ sept heures, je n’ai rencontré aucun véritable problème digestif.

C’était probablement ma principale satisfaction de la journée.

Parce que la nutrition en trail ne se résume pas au choix entre un gel de 30 ou de 40 grammes de glucides. Si l’intensité devient trop importante, manger et digérer peuvent également devenir plus difficiles.

Pour quelqu’un qui part découvrir les sentiers réunionnais pendant plusieurs heures, la règle la plus simple reste donc de commencer à manger tôt, régulièrement et avant que la faim ne s’installe, tout en conservant une intensité compatible avec la durée prévue. Cette règle est valable partout, je vous l’accorde.

Et il n’est pas obligatoire de remplir son sac uniquement de gels. Sur plusieurs heures, pouvoir alterner les goûts et les textures peut devenir précieux.

6. Attendre d’avoir soif pour penser à l’eau

À La Réunion, une sortie commencée tôt dans une relative fraîcheur peut changer complètement de visage quelques heures plus tard.

On peut passer d’un col situé à plus de 2 000 mètres à un fond de cirque beaucoup plus chaud, avec une exposition au soleil qui change très vite les besoins.

L’erreur consiste donc à considérer l’hydratation comme une donnée fixe.

Il faut boire régulièrement, mais aussi adapter ses apports à la température, à l’intensité et à sa propre transpiration.

Et surtout prévoir suffisamment d’autonomie.

Un ruisseau aperçu sur une carte ne doit pas automatiquement être considéré comme un point de ravitaillement. Les recommandations officielles rappellent notamment de ne pas boire l’eau des ruisseaux sans traitement adapté.

L’autre piège est de partir trop juste en se disant qu’on ne sera dehors que deux ou trois heures.

Si le terrain ralentit fortement la progression, la marge disparaît très rapidement.

Une fois encore, penser en temps d’effort plutôt qu’en kilomètres permet de dimensionner beaucoup plus intelligemment son eau et son alimentation.

7. Partir sans vérifier la météo et l’état des sentiers

Une trace GPX enregistrée sur son téléphone ne signifie pas que le parcours est praticable le jour où l’on décide de partir.

À La Réunion, certains sentiers peuvent être temporairement fermés après des intempéries, des éboulements ou d’autres événements naturels. Les autorités recommandent de consulter la météo et l’état des sentiers avant chaque randonnée et de rester sur les itinéraires balisés.

Ce conseil vaut évidemment aussi pour le trail.

En 2026 encore, plusieurs arrêtés ont modifié l’accès à certains itinéraires de l’île, preuve qu’un parcours ouvert lors de la préparation d’un voyage peut ne plus l’être quelques semaines plus tard.

Avant de partir courir, il faut donc vérifier les informations actualisées de l’ONF et de la préfecture, consulter la météo et prévenir quelqu’un de l’itinéraire prévu.

Cela paraît moins excitant que de préparer sa trace. Mais en montagne, c’est probablement beaucoup plus utile.

Alors, faut-il aller courir sur les sentiers de la Diagonale des Fous ?

Oui. Mille fois oui.

Il serait dommage d’aimer le trail, de venir à La Réunion et de ne pas aller découvrir au moins une partie de ce terrain exceptionnel.

Mafate possède un réseau de sentiers unique et reste inaccessible par la route. Le col du Taïbit permet de basculer entre Cilaos et Mafate. Le Piton des Neiges, le volcan, la forêt de Bélouve ou les innombrables sentiers accrochés aux remparts offrent des expériences complètement différentes.

Mais inutile de vouloir reproduire immédiatement ce que l’on a vu pendant la Diagonale des Fous.

Commencer par une sortie courte permet de comprendre le terrain, d’observer ses temps de progression et de découvrir comment son corps réagit aux montées et surtout aux descentes.

Ensuite seulement, les distances peuvent augmenter.

À La Réunion, apprendre à ralentir pour aller plus loin

Ma première course réunionnaise ne s’est pas terminée comme prévu.

Après avoir traversé Cilaos, Mafate puis Salazie, j’ai finalement arrêté la Cimasarun à Bras Marron, incapable de continuer correctement avec ma cheville droite.

Il restait une dernière grosse difficulté avant de revenir vers Cilaos, le Cap Anglais. Forcément, il y a eu de la déception. Mais quatre jours plus tard, ce n’est déjà plus vraiment ce que je retiens.

Je retiens sept heures pendant lesquelles la gestion de l’intensité, de l’alimentation et de l’hydratation a fonctionné. Je retiens surtout un terrain beaucoup plus exigeant que ne peuvent le laisser penser une distance et un chiffre de dénivelé.

Et puis je retiens les trois cirques traversés dans la même journée J’en ai pris plein les yeux, plein les quadriceps aussi.

Et malgré une cheville qui m’a rappelé que le terrain réunionnais avait toujours le dernier mot, je n’ai déjà qu’une envie :

y retourner.