Les Templiers : pourquoi on y revient toujours

Chaque automne, Millau redevient pour quelques jours la « capitale du trail ». Du 15 au 18 octobre 2026, 13 000 coureurs sont attendus sur les 18 courses du Festival des Templiers. L’événement a énormément grandi depuis sa création en 1995, mais quelque chose semble avoir résisté au changement d’échelle. J’y ai couru pour la première fois en 2012. Quatorze ans plus tard, je n’ai toujours qu’une envie : y retourner.

En 2012, je ne savais évidemment pas que je reviendrais autant.

Cette année-là, j’ai découvert les Templiers avec le Marathon des Causses. Je suis revenu en 2013 pour l’Endurance Trail, mon premier ultra. Puis il y a eu le Marathon du Larzac, le Trail du Viaduc et d’autres passages dans cette région où je retourne désormais volontiers pour courir, marcher ou rouler, sans même avoir besoin d’un dossard.

Millau, les Causses, la Dourbie : autant de lieux auxquels les souvenirs finissent par s’accrocher.

Et chaque année, lorsque revient octobre, c’est la même chose : les images des Templiers réveillent une furieuse envie d’y retourner.

Une course devenue un festival

L’histoire commence en 1995. Inspirés notamment par la Western States et la Leadville 100 découvertes aux États-Unis, les journalistes Odile Baudrier et Gilles Bertrand imaginent alors une épreuve de 65 km presque sans équivalent en France. Le 28 octobre, 500 coureurs prennent le départ de cette première édition. Ils seront 367 à la terminer.

Trente et un ans plus tard, le changement d’échelle est spectaculaire.

Le Festival des Templiers 2026 se déroulera du 15 au 18 octobre autour de Millau. Dix-huit épreuves figurent désormais au programme, de la course pour enfants à l’Endurance Trail et ses 101,8 km. L’organisation annonce 13 000 coureurs représentant 45 nationalités.

Difficile de faire encore passer les Templiers pour une aventure confidentielle.

Il y a le Salon du Trail, les grandes marques de l’outdoor, des milliers de participants, plusieurs jours de compétition et des départs qui s’enchaînent du jeudi au dimanche. Le trail aussi a changé : il s’est professionnalisé, internationalisé et structuré autour de grands circuits. Les Templiers ont grandi avec lui.

Mais Les Templiers ne sont pas devenus tout à fait un événement comme les autres.

Les Causses finissent toujours par reprendre le dessus

C’est probablement là que se trouve une partie du secret.

On peut agrandir le village, multiplier les courses et accueillir toujours plus de coureurs. Une fois parti sur les sentiers, il reste la pierre calcaire, les falaises, les buis, les descentes vers le Tarn et la Dourbie, et ces longs chemins qui traversent les Grands Causses.

Et puis il y a les noms. Ceux des villages et des passages qui jalonnent le parcours, dont certains sont devenus emblématiques : Peyreleau, Saint-André-de-Vézines, Roquesaltes, La Roque-Sainte-Marguerite, Massebiau, la Pouncho d’Agast, la grotte du Hibou…

À force de les lire sur les profils et de les retrouver au fil des éditions, ils ont fini par appartenir à l’imaginaire de la course. Une grande partie de l’identité des Templiers est là.

Le Grand Trail du dimanche reste le point culminant du week-end. En 2026, il proposera 80,4 km et 3 443 mètres de dénivelé positif, avec trois vagues de départ dès 5 h 10.

Le Festival a changé. Le territoire, beaucoup moins.

Le championnat de France officieux du trail

La course du dimanche occupe depuis longtemps une place particulière dans le trail français.

Avant que la discipline ne dispose de championnats nationaux, de sélections et de circuits internationaux structurés, les Templiers étaient déjà l’un des endroits où les meilleurs venaient se mesurer. Le Grand Trail a ainsi longtemps eu des airs de championnat de France officieux.

Aujourd’hui, le calendrier des élites n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 2000 ou 2010. Le trail s’est professionnalisé, internationalisé et structuré autour de grands circuits, tandis que des outils comme l’UTMB Index ont aussi contribué à standardiser la lecture du niveau des coureurs.

Mais gagner les Templiers reste différent.

Parce qu’une victoire ici ajoute un nom à une histoire commencée en 1995. Karine Herry, Thomas Lorblanchet, Thierry Breuil, Ludovic Pommeret, Benoît Cori, Sébastien Spehler et tant d’autres ont contribué à construire cette histoire.

Il existe aujourd’hui des courses plus longues, plus hautes ou plus visibles internationalement.

Peu possèdent cette profondeur historique en France.

Et puis il y a ce départ

Les Templiers, ce sont aussi des images et des rituels.

Le dimanche matin, il fait encore nuit lorsque les coureurs du Grand Trail se rassemblent à Millau. Les frontales sont allumées. La journée sera longue.

Puis Gilles Bertrand prend le micro.

Pour ceux qui ont déjà assisté à ce départ, sa prise de parole fait partie du rendez-vous. Il raconte la course, le territoire, l’aventure qui attend les coureurs, non sans une certaine émotion. Après plus de trente ans, le cofondateur des Templiers est toujours là pour lancer l’épreuve.

Cela pourrait être une mise en scène de plus dans un sport qui en compte désormais beaucoup.

Aux Templiers, elle conserve quelque chose de particulier.

Sans doute parce que derrière le micro se trouve encore l’un de ceux qui ont imaginé la course à une époque où personne ne pouvait prévoir ce que deviendrait le trail.

Puis vient le départ, les frontales s’éloignent sous la lumière rouge des fumigènes.

Et l’immense Festival redevient soudain quelque chose de très simple : des femmes et des hommes partis courir pendant des heures sur les Causses.

Les Templiers ont grandi. L’envie est restée.

Je pourrais regretter les Templiers que j’ai découverts en 2012.

Dire que le trail était plus simple, plus authentique, moins commercial.

Ce serait en partie vrai. Ce serait aussi oublier que le succès transforme forcément les événements qui le rencontrent.

Le Festival compte désormais 18 courses et propose des formats pour presque toutes les pratiques.

Mais l’essentiel est peut-être ailleurs.

Une course ne se mesure pas seulement au nombre d’inscrits, à son plateau élite ou à la taille de son salon. Elle se mesure aussi à ce qu’elle laisse.

Quatorze ans après mon premier Marathon des Causses, je garde le souvenir de plusieurs courses, mais surtout une relation particulière avec ce territoire.

À la fin du mois d’octobre, j’y retournerai encore quelques jours.

Les barnums seront rangés, l’arche démontée, les coureurs repartis et Millau aura retrouvé son calme.

Sans dossard cette fois, j’irai courir, marcher et probablement rouler aussi, avec une idée en tête : retourner du côté de Roquesaltes, quelques jours après le passage des derniers coureurs.

Je connais déjà le risque : regarder ces blocs de calcaire, reconnaître quelques sentiers et commencer à imaginer un nouveau départ dans la nuit.

Parce qu’il y a des courses que l’on fait, que l’on termine et que l’on coche sur une liste.

Et puis il y a celles qui donnent toujours envie de revenir.

Pour moi, les Templiers appartiennent depuis longtemps à la deuxième catégorie.