À force de comparer Tadej Pogacar à Pantani, Armstrong ou Merckx, on oublie peut-être la comparaison la plus utile : celle avec les meilleurs coureurs de son époque. En suivant ses grands efforts sur les Tours 2025 et 2026, une différence apparaît. En 2025, il frappe très fort puis contrôle. En 2026, son meilleur niveau arrive au moment où ses adversaires commencent à décliner.

Il suffit désormais d’une grande montée pour que le débat s’emballe.

Pogacar attaque, gagne du temps, bat parfois un record d’ascension et les estimations de puissance envahissent les réseaux sociaux. Très vite, les références au passé reviennent : Pantani, Armstrong, Indurain, Merckx.

Ces comparaisons sont spectaculaires. Elles sont aussi fragiles.

Les vélos, les pneumatiques, l’aérodynamisme, la nutrition et les méthodes de récupération ont profondément changé. Les étapes ne se courent plus de la même manière. Un temps d’ascension dépend également du vent, du déroulement de la journée et du point exact retenu pour le chronométrage.

Comparer les époques peut nourrir l’histoire du cyclisme. Pour comprendre la domination actuelle de Pogacar, il est plus juste de regarder ce qu’il réalise face aux coureurs qui affrontent les mêmes routes, la même météo et la même course.

La vraie question n’est pas seulement de savoir jusqu’où Pogacar peut monter. Elle est de savoir combien de temps il peut rester à ce niveau.

Deux échelles à ne pas confondre

Notre analyse s’appuie sur les temps, les puissances estimées et les scores de performance publiés par Watts2Win sur trois ascensions décisives de chaque Tour.

Le score de performance Watts2Win C’est une note calculée à partir de la puissance estimée, de la durée de l’effort et du contexte de course. Ce n’est pas un pourcentage et la note peut dépasser 100. Un score de 101 ne signifie donc jamais « 101 % de fraîcheur ».
Le niveau relatif Extérieur Sport Pour dessiner la courbe, nous fixons à 100 le meilleur score obtenu par Pogacar sur chaque édition. Les autres efforts sont rapportés à ce maximum. Cette seconde valeur sert uniquement à comparer la trajectoire de ses performances au fil du Tour.

Autrement dit, Watts2Win évalue la valeur d’un effort. Extérieur Sport observe ensuite à quel moment Pogacar se rapproche de son meilleur effort de l’édition.

Cette courbe ne mesure pas directement la fatigue musculaire, la récupération biologique ou les réserves de glycogène. Une montée moins rapide peut traduire de la fatigue, mais aussi une tactique différente ou l’absence de nécessité d’attaquer.

Niveau relatif des performances de Tadej Pogacar sur les Tours de France 2025 et 2026, son meilleur effort de chaque édition étant fixé à 100
Le meilleur score de Pogacar sur chaque Tour est fixé à 100. En 2025, son sommet apparaît dès Hautacam. En 2026, il progresse jusqu’à l’Alpe d’Huez, lors de la 19e étape. Données : Watts2Win ; traitement : Extérieur Sport.

2025 : un coup de massue, puis une domination sous contrôle

Le Tour 2025 bascule à Hautacam.

Pogacar y développe une puissance estimée à 6,75 W/kg pendant 35 minutes et 2 secondes. Watts2Win attribue à cette montée un score de performance de 101. Ce 101 est une note, pas un pourcentage.

Vingegaard termine la même ascension en 37 minutes et 12 secondes, avec une estimation de 6,30 W/kg et un score de 87. L’écart atteint donc 14 points de score.

Le lendemain, à Peyragudes, Pogacar confirme : 7,35 W/kg pendant un peu moins de vingt minutes, pour un score de 100. Vingegaard se rapproche, mais reste huit points derrière.

En troisième semaine, le scénario change légèrement. Sur le mont Ventoux, Pogacar et Vingegaard obtiennent tous les deux un score de 97. Le Danois réalise même son meilleur effort normalisé de l’épreuve à ce moment-là.

En 2025, Pogacar ne gagne donc pas parce qu’il paraît totalement insensible à l’usure. Il gagne surtout parce que son pic à Hautacam est hors de portée, puis parce que sa baisse reste limitée.

2026 : son meilleur effort arrive à la fin

Le Tour 2026 raconte une autre histoire.

Pogacar est déjà très haut au Tourmalet, lors de la sixième étape : 6,63 W/kg pendant 36 minutes et 3 secondes, pour un score Watts2Win de 99.

Il monte encore d’un cran au plateau de Solaison, en deuxième semaine, avec un score de 101.

Puis arrive l’Alpe d’Huez, lors de la dix-neuvième étape.

Selon Watts2Win, Pogacar y produit 6,97 W/kg pendant 35 minutes et 29 secondes, pour un score de performance de 107. Là encore, 107 est une note et non 107 %. Reuters chronomètre l’ascension en 35 minutes et 27 secondes : la légère différence vient du segment retenu, sans changer la lecture générale.

Evenepoel, deuxième du classement général final, obtient un score de 90 sur la même montée. Paul Seixas est à 89. L’écart avec les meilleurs ne se réduit donc pas en troisième semaine : il se creuse.

En 2026, Pogacar ne se contente plus de préserver un avantage acquis. Il produit son effort le mieux noté au moment où ses adversaires ont déjà dépassé leur propre sommet.

Évolution de l’écart de score Watts2Win entre Tadej Pogacar et ses principaux rivaux en 2025 et 2026
En 2025, l’écart de score avec Vingegaard se réduit jusqu’au Ventoux. En 2026, l’écart avec Evenepoel atteint son maximum à l’Alpe d’Huez. Après l’abandon de Vingegaard lors de la 15e étape, Evenepoel devient le rival de référence pour la fin du Tour.

Six performances pour comprendre la trajectoire

Tour Ascension Étape Temps Pogacar W/kg estimés Score Watts2Win Score du rival
2025 Hautacam 12 35 min 02 6,75 101 Vingegaard : 87
2025 Peyragudes 13 19 min 28 7,35 100 Vingegaard : 92
2025 Mont Ventoux 16 54 min 06 6,44 97 Vingegaard : 97
2026 Tourmalet 6 36 min 03 6,63 99 Evenepoel : 89
2026 Plateau de Solaison 15 32 min 19 6,86 101 Evenepoel : 98
2026 Alpe d’Huez 19 35 min 29 6,97 107 Evenepoel : 90

À retenir : les W/kg sont des estimations et non des données officielles de capteur. Les scores Watts2Win sont des notes de performance. Pour la courbe Extérieur Sport, le meilleur score de chaque édition est ensuite ramené à 100.

Puissance maximale ou résistance à trois semaines de course ?

La réponse diffère selon l’édition.

En 2025, le pic fait l’essentiel de la différence

Pogacar crée un écart massif à Hautacam, puis reste suffisamment proche de ce niveau pour ne jamais être menacé. Vingegaard finit mieux sur le plan relatif, mais trop tard pour effacer le retard accumulé.

En 2026, Pogacar combine le pic et le maintien

Son meilleur score Watts2Win est plus élevé qu’en 2025. Surtout, ce maximum arrive lors de l’étape 19. Sa domination ne repose donc plus uniquement sur une performance exceptionnelle : elle repose aussi sur la capacité à la produire après presque trois semaines de course.

Sur les trois repères sélectionnés, l’écart moyen de score entre Pogacar et son rival de référence est d’environ sept points en 2025, contre dix en 2026. Mais la trajectoire est plus parlante que la moyenne : en 2025, l’écart se referme ; en 2026, il atteint son maximum à la fin.

Peut-on parler de preuve ? Non

Une lecture critique ne consiste ni à détourner le regard, ni à transformer chaque chiffre exceptionnel en accusation.

Ces données permettent de constater une supériorité sportive. Elles ne permettent pas d’en identifier seules les causes. Elles ne donnent accès ni aux données biologiques, ni aux fichiers complets de puissance, ni à l’état de fatigue réel des coureurs.

L’histoire du cyclisme rend les interrogations légitimes. Mais les estimations de watts ne sont ni un contrôle antidopage, ni une preuve de dopage.

La position la plus juste consiste à tenir ensemble deux idées :

  • les performances de Pogacar sont extraordinaires par rapport à celles de ses contemporains ;
  • les données publiques ne permettent pas, à elles seules, d’aller au-delà de ce constat.

La comparaison avec le passé masque peut-être le vrai phénomène

Comparer Pogacar à Pantani ou Armstrong produit des records et des polémiques. Comparer Pogacar à ses rivaux actuels permet de mieux comprendre ce qui se passe réellement sur la route.

En 2025, il gagne en plaçant la barre hors de portée à Hautacam, puis en limitant sa baisse.

En 2026, il atteint son sommet à l’Alpe d’Huez, lors de la dix-neuvième étape, alors qu’Evenepoel et Seixas évoluent déjà sous leur meilleur niveau du Tour.

Pogacar n’est pas seulement plus fort que les autres. En 2026, il semble encore capable d’être plus fort au moment où les autres le sont déjà un peu moins.

C’est probablement là que se trouve la donnée la plus impressionnante. Pas dans une comparaison incertaine avec une autre époque, mais dans cette capacité à déplacer son propre sommet jusqu’aux derniers jours du Tour.

Méthodologie et limites de l’analyse

La sélection porte sur trois ascensions décisives par édition. Les temps, les W/kg estimés et les scores de performance proviennent de Watts2Win. Un score Watts2Win peut dépasser 100 : il s’agit d’une note, pas d’un pourcentage.

Pour construire la courbe Extérieur Sport, le meilleur score de Pogacar sur chaque édition est fixé à 100. Les autres efforts sont exprimés relativement à ce maximum. Cette méthode facilite la comparaison des trajectoires, mais elle ne constitue pas une mesure physiologique de la fatigue.

Elle ne corrige pas parfaitement les différences de parcours, d’altitude, de météo, de tactique ou de fatigue accumulée avant chaque montée.