Gressier–Ingebrigtsen : le Français peut-il faire tomber le phénomène norvégien ?

Jimmy Gressier et Jakob Ingebrigtsen vont s’affronter samedi sur le 5 km des Mondiaux de running à Copenhague. Face à l’un des plus grands coureurs de sa génération, le Français n’arrive plus seulement avec l’espoir de rivaliser. Il a désormais de vraies raisons de viser la victoire.

Jakob Ingebrigtsen reste un phénomène. Champion olympique du 1 500 m puis du 5 000 m, double champion du monde du 5 000 m et recordman du monde du 3 000 m, le Norvégien possède une vitesse que Jimmy Gressier n’a pas. Mais plus la distance augmente, plus les références se rapprochent.

DistanceJimmy GressierJakob Ingebrigtsen
1 500 m – PB3’32’’71 (2025)3’26’’73 (2024)
3 000 m – PB7’28’’67 (2026)7’17’’55 (2024, RM)
5 000 m – PB12’51’’59 (2025)12’48’’45 (2021)
5 000 m – SB 202612’57’’7912’59’’24
5 km route – PB12’51 (2026)Pas de référence comparable

PB : record personnel. SB : meilleure performance de la saison.

Sur 1 500 m, l’écart reste considérable. Sur 5 000 m, leurs records personnels ne sont plus séparés que de 3’’14 et Gressier a même couru légèrement plus vite cette saison. Sur route, son 12’51 réalisé à Lille en avril, record d’Europe, n’est qu’à deux secondes du record du monde.

Gressier, un coureur de plus en plus complet

C’est probablement ce qui rend sa trajectoire aussi intéressante. Gressier vient du cross, où il a longtemps construit sa réputation avant de devenir performant partout : 5 000 m, 10 000 m, 5 km sur route et désormais semi-marathon. Une polyvalence qui aide aussi à comprendre pourquoi une allure de 3’20/km peut encore être un footing pour Jimmy Gressier. Il est aussi champion du monde du 10 000 m depuis Tokyo.

À 29 ans, la suite intrigue forcément. Pour beaucoup de grands coureurs de fond, l’expérience conduit progressivement vers des distances plus longues. Avec la vitesse qu’il conserve sur 3 000 et 5 000 m et ce qu’il montre déjà sur semi, on a surtout hâte de voir jusqu’où Gressier pourra aller le jour où il décidera de passer au marathon.

Cette fois, Gressier peut vraiment gagner

Leur confrontation aux Mondiaux de Tokyo 2025 avait tourné à l’avantage du Français : bronze sur 5 000 m contre une dixième place pour Ingebrigtsen. Mais le résultat mérite d’être contextualisé. Victime de problèmes au tendon d’Achille, le Norvégien n’avait disputé aucune autre compétition extérieure cette année-là.

Le rapport de force actuel est différent. Pour son retour à Birmingham en août, après une opération de l’Achille en février, Ingebrigtsen a immédiatement remporté le titre européen du 5 000 m devant un Gressier quatrième. Et vendredi dernier à Budapest, il a encore gagné en 12’59’’24, avec un dernier tour en 54’’39 et surtout 100 derniers mètres en 12’’60.

Pour la course de samedi, léger avantage à Ingebrigtsen, surtout si le groupe reste compact jusqu’au dernier tour. Gressier aura davantage intérêt à maintenir une allure très élevée assez tôt pour réduire l’importance du sprint final.

Mais il ne sera pas seul : Addisu Yihune, deuxième derrière Gressier à Lille en 12’54, fait également partie des prétendants.

Reste une chose assez réjouissante : voir aujourd’hui un Français arriver face à Jakob Ingebrigtsen avec une réelle chance de gagner n’a plus rien d’irréaliste. Et cela dit beaucoup de la dimension prise par Jimmy Gressier, mais aussi de cette génération française du fond particulièrement dense.