Blandine L’Hirondel sur la Mascareignes : quand courir ne se résume plus à gagner

Victorieuse de la Diagonale des Fous en 2025 puis de l’UTMB cet été, Blandine L’Hirondel sera au départ de la Mascareignes le 16 octobre. Mais cette fois, sa présence à La Réunion ne se raconte pas d’abord en chrono ou en classement. Elle courra pour une famille qui l’accompagne depuis ses débuts dans le trail, frappée cet été par un drame.

À première vue, voir Blandine L’Hirondel s’aligner sur la Mascareignes pourrait presque ressembler à une nouvelle curiosité sportive.

Le 28 août dernier, la Française remportait l’UTMB en 21 h 54 min 49 s, après 174 kilomètres et 9 700 mètres de dénivelé positif. Un an plus tôt, elle s’était imposée sur la Diagonale des Fous en 27 h 26 min 09 s, terminant même huitième du classement général. Une course qui sera encore au cœur de l’actualité cette année, avec une édition 2026 particulièrement relevée.

Le 16 octobre prochain, elle prendra cette fois le départ de Hell-Bourg à 1 heure du matin pour 74 kilomètres et 3 800 mètres de D+, à travers Salazie puis Mafate avant de rejoindre La Redoute.

Mais réduire sa présence au niveau sportif de la gagnante de l’UTMB serait passer à côté de l’essentiel.

Une histoire commencée à La Réunion il y a dix ans

Blandine L’Hirondel l’a raconté elle-même dans un message publié sur ses réseaux sociaux.

Il y a dix ans, lors de ses premiers pas à La Réunion, David et Valérie lui font découvrir le trail. Une rencontre qui va largement dépasser le cadre de la course à pied.

L’année dernière, ils l’accueillent chez eux pendant deux mois, l’accompagnent dans sa préparation de la Diagonale des Fous et la suivent sur les ravitaillements jusqu’à sa victoire.

« C’était notre aventure », écrit-elle aujourd’hui.

Cet été, leur famille a été frappée par la perte d’un enfant.

Blandine L’Hirondel ne donne pas au sport un pouvoir qu’il n’a pas. Elle ne prétend pas qu’une course puisse effacer la douleur ni réparer ce qui ne peut pas l’être.

Mais elle explique aussi qu’un projet peut parfois aider à continuer à avancer.

« Courir pour Lola »

Son UTMB victorieux portait déjà cette histoire.

Après son arrivée à Chamonix, Blandine L’Hirondel avait évoqué publiquement le drame vécu par David et Valérie et expliqué combien celui-ci avait bouleversé les semaines précédant sa course.

La Mascareignes en sera une forme de prolongement.

Dans son message, elle écrit qu’elle courra « pour Lola », mais aussi pour David, Valérie, Lucas et Charlotte.

L’idée n’est pas de leur faire oublier. Elle est plutôt de recréer, pendant quelques heures, quelque chose à vivre ensemble : une course à préparer, des ravitaillements, une ligne d’arrivée, des émotions.

Cette fois, dit-elle, les rôles seront inversés.

Ceux qui l’avaient accompagnée jusqu’à sa victoire sur la Diagonale seront à leur tour au cœur de sa course.

Quand le classement passe au second plan

L’histoire résonne d’autant plus que Blandine L’Hirondel revient à La Réunion avec un statut très différent de celui qu’elle avait lorsqu’elle y découvrait le trail. Son retour intervient aussi dans une édition marquée par plusieurs évolutions du parcours de la Diagonale des Fous 2026, même si elle s’alignera cette fois sur la Mascareignes.

Elle vient de remporter deux des courses les plus prestigieuses de l’ultra-trail mondial.

Sa présence sur une Mascareignes de 74 kilomètres pourrait donc facilement être racontée en termes de favoris, de chrono ou de classement général.

Ce serait probablement manquer le sujet.

Blandine L’Hirondel reste évidemment une compétitrice et rien ne permet d’affirmer qu’elle ne cherchera pas à courir vite le 16 octobre. Mais ce n’est manifestement pas ce qui donne du sens à sa présence sur la ligne de départ.

Cette fois, le dossard sert surtout à porter une histoire qui dépasse le résultat.

Le sport ne répare pas tout

C’est probablement le passage le plus juste de son message.

Le sport ne guérit pas tout. Il ne supprime pas le chagrin et ne ramène évidemment pas ceux que l’on a perdus.

Mais il peut parfois remettre du mouvement là où tout semble s’être arrêté. Donner un rendez-vous. Une raison de sortir. Un projet commun auquel se raccrocher, même pour quelques heures.

Le 16 octobre, Blandine L’Hirondel quittera donc Hell-Bourg avec les autres concurrents de la Mascareignes.

Il y aura un chrono. Il y aura un classement. Peut-être même une nouvelle performance remarquable.

Mais pour comprendre cette course-là, il faudra probablement regarder ailleurs que sur la feuille de résultats.

Certaines lignes d’arrivée comptent moins pour la place que l’on y occupe que pour les personnes avec qui on choisit de les partager.