Plus de 400 kilomètres, environ 15 000 mètres de dénivelé positif et moins de quatre jours pour traverser le Jura en autonomie complète. Erik Clavery vient d’établir un nouveau FKT sur la Grande Traversée du Jura. Derrière le chrono, il raconte surtout une aventure qui a bien failli s’arrêter dès le premier jour et une promesse qui l’a poussé à continuer.
Le 25 septembre, Erik Clavery a rejoint Culoz après être parti de Mandeure près de quatre jours plus tôt. Fastest Known Time enregistre désormais sa performance en 3 jours, 20 heures, 32 minutes et 42 secondes, dans la catégorie unsupported. L’itinéraire de référence affiche 405,6 km et 15 364 m D+.
Il améliore de 6 heures et 13 minutes le précédent record de Julien Pasquier, établi le 2 mai dernier en 4 jours, 2 heures, 45 minutes et 53 secondes.
Mais lorsqu’on lui demande quel a été le moment le plus compliqué de sa traversée, Erik ne parle ni des dernières heures, ni de l’épuisement accumulé.
Il revient au premier jour.
Plus de 350 kilomètres devant lui
« Le plus difficile, ça a été dès le premier jour. »
L’aventure vient à peine de commencer et l’immensité de ce qui reste à parcourir lui tombe dessus.
« Il a fallu trouver la motivation pour me dire que j’avais encore plus de 350 kilomètres à réaliser. Je n’étais pas encore complètement rentré dans l’aventure. »
À cette difficulté mentale s’ajoutent les longues nuits de fin septembre. Près de douze heures dans l’obscurité, avec moins de repères, plus de solitude et un environnement qui disparaît derrière le faisceau de la frontale.
Sur un effort de cette durée, la difficulté n’est donc pas seulement de continuer lorsque la fatigue devient extrême. Il faut déjà accepter, quelques heures après être parti, qu’il reste encore plusieurs jours dehors.
Et cette fois, Erik a choisi de les passer seul et sans assistance.
Tout doit tenir dans le sac
La catégorie unsupported ne laisse guère de marge : pas d’assistance extérieure, pas de ravitaillement acheté en chemin et tout le matériel nécessaire doit être transporté du départ à l’arrivée. Seule l’eau provenant de sources naturelles ou de points publics accessibles à tous peut notamment être utilisée.
Pour Erik, ce choix répondait d’abord à une envie de simplifier ses aventures.
Ses précédentes grandes traversées nécessitaient véhicules, assistance et personnes disponibles pendant plusieurs jours. Sur la GTJ, il a pris le train pour rejoindre le départ et le train pour rentrer chez lui.
Il estime le coût total du projet à environ 350 euros, transport compris.
« Je voulais montrer qu’on peut faire du trail sans forcément débourser des sommes folles. »
Mais il ne s’agissait pas seulement d’économiser de l’argent ou de la logistique. Erik voulait expérimenter une autre manière d’avancer.
« Je voulais découvrir un autre format, en autonomie, plus proche de la nature, de l’environnement, plus proche des sources du trail : courir pour avancer et essayer d’être autonome. »

La GTJ présentait pour cela un format presque idéal : assez longue pour imposer plusieurs jours dehors, mais suffisamment courte pour pouvoir emporter dès le départ toute la nourriture nécessaire.
Cette recherche d’autonomie fait écho à une tendance plus large dans le trail. Nous revenions récemment sur la place prise par les FKT et sur ces coureurs qui choisissent désormais parfois leur itinéraire avant de choisir une course.
À lire aussi : FKT : pourquoi les coureurs pros sont-ils de plus en plus nombreux à se lancer dans des aventures « solitaires » ?
Du champion du monde aux 24 heures, puis aux grandes traversées
La GTJ n’est pas une rupture dans le parcours d’Erik Clavery. Elle ressemble plutôt à une nouvelle étape.
Champion du monde de trail en 2011, il s’est ensuite essayé avec succès à d’autres formes d’ultra-endurance. Champion de France des 24 heures en 2018 avec 254,264 km, il porte l’année suivante le record de France à 272,217 km lors des championnats du monde d’Albi, où il termine quatrième. En 2021, il boucle également les 100 km d’Amiens en 6 h 57 min 08 s, devenant vice-champion de France toutes catégories et champion de France M1.
Puis son terrain de jeu s’est progressivement déplacé vers les grands itinéraires : le GR10 et ses 880 km en 2020, le GR223 l’année suivante, le canal de Nantes à Brest, puis les quelque 2 100 km du GR34 autour de la Bretagne en 2025.
Cette fois, il voulait aller plus loin dans le dépouillement : partir sans équipe et tout porter.
Mais ce choix n’explique pas complètement pourquoi il était là.
Une promesse faite à Sam
Lors de son record sur le GR34 en 2025, Erik reçoit un long message de Samuel, qui le suit depuis ses débuts dans le trail. Atteint d’un glioblastome, Sam lui raconte son combat contre la maladie et la manière dont il s’est reconnu dans cette traversée de la Bretagne.
Les deux hommes se rencontreront ensuite. Le 19 avril 2026, Erik lui fait une promesse : continuer à parler du glioblastome et contribuer à faire connaître ceux qui luttent contre cette maladie.
Sam est décédé quelques mois plus tard.
La GTJ est née en partie de cette promesse.
Et lorsque les doutes apparaissent dès le premier jour, elle prend une autre importance.
« C’est vraiment cette promesse que j’avais faite et que je tenais à tenir qui m’a fait continuer à avancer. »
Le record comptait évidemment. Erik reconnaît avoir réduit au minimum ses temps de sommeil et ses arrêts pour aller chercher le meilleur chrono possible. Mais il distingue clairement ce qui le faisait avancer de ce qui l’avait poussé à partir.
« La performance, c’est plutôt le carburant. Et la flamme, ce qui a vraiment initié cette motivation, c’est Sam et cette promesse faite. »
Puis il résume presque quatre jours d’effort en une phrase :
« S’il n’y avait eu que le record, je pense que j’aurais arrêté. »
Le chrono restera : 3 jours, 20 heures, 32 minutes et 42 secondes. Mais pour Erik, cette GTJ avait manifestement commencé bien avant le départ de Mandeure.
Son aventure était également destinée à faire connaître l’association Des étoiles dans la mer – Vaincre le glioblastome et à soutenir la recherche contre cette maladie.
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